Les réseaux sociaux au chevet du patrimoine des territoires



Cela fait un peu plus d'un mois qu'Urgences Patrimoine a pris en charge l'épineux dossier de sauvegarde de la maison d'Orpierre.

Un mois de travail acharné, souvent dans l'ombre, avec de grands moments de découragement, de doute et d’incompréhension.

Un mois de collaboration quotidienne avec la Présidente de l'Association des Amis d'Orpierre, pour qui la sauvegarde d'une des plus belles maisons de son village natal était une priorité absolue.

Cette maison était condamnée à la démolition, car frappée de plusieurs arrêtés de péril délivrés par la Mairie. La propriétaire, âgée de 78 ans et n'ayant pas les moyens de faire les travaux, ne pouvait que se résoudre à accepter à contre cœur que sa maison soit démolie pour des raisons de sécurité publique.

Il fallait agir vite, puisque la date d'expiration de l'état de péril était le 31 octobre. Un mois pour trouver une solution et surtout assurer l'avenir et la pérennité de cette maison située en plein cœur du village médiéval et dont la destruction risquait d'entraîner la fragilisation de toutes les maisons voisines.

L'idée m'est venue, avec l'accord de la propriétaire, de diffuser une annonce sur les réseaux sociaux proposant la vente de la maison pour 1 euro symbolique — vente assortie, bien entendu, d’une obligation de travaux.

Il fallait trouver un repreneur suffisamment réactif pour réaliser les travaux de mise en sécurité avant le 31 octobre et qui avait également la possibilité de faire réaliser une étude par un bureau d'étude structure, comme le demandait la commune pour faire lever le péril.

Tâche impossible pour le commun des mortels, mais impossible ne fait pas partie de mon vocabulaire : alors nous avons lancé notre appel.
Immédiatement, plus d'une dizaine de candidats à la reprise s’est fait connaître. Après de nombreux échanges de mails ou de coups de téléphone, ils étaient nombreux à vouloir venir visiter. Pour des raisons occultes, un seul est venu visiter la maison. Mais peu importe, un seul suffisait.

C'est à ce moment-là que la Maire d'Orpierre m'a contactée : je lui garantissais qu'Urgences Patrimoine trouverait une solution pour sauver cette maison de la démolition.

Hélas, la Maire ne nous a pas fait confiance, puisqu'au moment même où nous attendions l'engagement définitif du repreneur alors en lice, elle demandait à la propriétaire de la mandater comme "donneur d'ordre exclusif" afin de lancer l'étude qui allait signer définitivement l'arrêt de mort de la maison.

Nous étions déconcertés en apprenant cette nouvelle, et nous l’étions d'autant plus que le repreneur qui, pourtant, semblait inquiet de ne pas avoir la maison, nous laissait tomber sans un mot La Présidente des Amis d'Orpierre et moi-même étions à la limite du désespoir. Nous avions échoué. Que devions-nous faire ? Nous résigner à voir disparaître ce merveilleux témoin de l'Histoire locale ou continuer coûte que coûte ?

Nous avons décidé de continuer "dans l'ombre", car il était évident que quelqu'un décourageait systématiquement chacun des candidats à la reprise. J'ai publié à ce moment-là le "Requiem pour Orpierre", annonçant la mort prochaine de l'édifice n'ayant eu aucun repreneur sérieux et nous annoncions ainsi notre échec.

Mais le plus heureux des hasards a fait que cette publication a tout relancé. Et c’est ainsi que nous avons trouvé LE repreneur idéal. Hélas tout était à présent très compliqué puisque la Mairie avait pris attache avec le bureau d'étude structure et l'avait mandaté pour la démolition. Démolition estimée environ 100.000 euros, à la charge de la propriétaire. Si la propriétaire avait eu 100.000 euros, elle aurait fait des travaux pour sauver sa maison. Donc, cette somme aurait dû être avancée par la commune qui ensuite se serait retournée contre la propriétaire. On imagine bien la complexité de l'affaire et surtout sa longueur si cela avait eu lieu.

Peu importe, nous avons fait comme si nous n'étions au courant de rien. Un peu comme les chevaux à qui l'ont met des œillères afin de ne pas les déconcentrer pour qu'ils gagnent une course.

Notre course était un "contre la montre" épuisant, mais peu importe, nous voulions la gagner.

Notre repreneur providentiel est venu visiter et il a aimé. Aimé la maison, aimé le village et il ne s'est surtout pas laissé impressionner par le "mic-mac" administratif.

Nous n'avions, de notre côté, plus aucun contact avec la Mairie et il était difficile de joindre la Préfète. Peu importe, j'ai "poussé la porte du Sénat" et Madame la Sénatrice des Hautes-Alpes, très impliquée dans la sauvegarde du patrimoine de son département, a tout de suite accepté de servir de "médiateur" entre nous et les toutes les instances administratives. Nous ne demandions bien entendu aucune faveur, à part celle d'être pris au sérieux. Nous avions la solution pour sauver ce patrimoine, la solution pour que tout ce qui était demandé par la Mairie pour lever le péril soit mis en place avant la fameuse date du 31 octobre : il fallait juste que nous soyons entendus.

Pendant ce temps, le repreneur se rendait sur place afin de faire les premiers travaux de mise en sécurité et l’avocate de la propriétaire écrivait à la Mairie pour officialiser notre démarche et la reprise de la maison.

À l'heure où j'écris ses lignes, nous savons que la victoire n'est plus très loin. Notre repreneur a rencontré Madame le Maire et il est en train de lui communiquer les dernières pièces demandées pour la levée du péril. La propriétaire, pour sa part, a demandé à son notaire de rédiger l'acte de vente pour l'euro symbolique.

Nous sommes très proches de pouvoir annoncer que nous avons réussi à sauver cette maison, mais, par prudence, je ne le ferai que lorsque le péril sera levé et le compromis de vente signé.

Avec un peu de bonne volonté, cette affaire aurait pu être réglée en à peine dix jours, mais la "guerre des nerfs" aura duré un mois. Un mois d'interrogation, un mois de travail sans relâche dans l'ombre, un mois d'insomnies....

Si seulement les Élus pouvaient avoir un peu de respect pour des associations comme la nôtre, les choses seraient tellement plus simples. Car il est important de rappeler que notre but n'est pas d'agir contre eux, mais avec eux et pour eux.

Peu importe : seul le résultat compte et nous sommes heureux de ce dénouement, car le patrimoine sort gagnant.

Enfin, nous pouvons remercier la "magie des réseaux sociaux", car contrairement à ce que j'ai pu lire dans un article publié dans le journal du village, ce sont bien ces réseaux "virtuels" qui ont rendu possible cette sauvegarde impossible.

Pour conclure, je rappellerai juste cette célèbre phrase du Général de Gaulle : "Entre possible et impossible, il y a deux lettres et un état d'esprit ! Mais pour Orpierre je me permettrai de rajouter : deux lettres, un état d'esprit et Urgences Patrimoine !

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