« La raison du plus riche est toujours la meilleure, nous l’allons montrer tout à l’heure »


Au départ, je souhaitais donner comme titre à cette publication « Au bal des faux-culs, nous n’avons pas dansé », mais comme ce n’était pas très « politiquement correct », j’ai préféré détourner légèrement cette petite phrase de La Fontaine.

Le Salon International du Patrimoine au Carrousel du Louvre vient de fermer ses portes et je tenais à donner mon modeste avis sur cette incontournable manifestation où sont présents tous les acteurs du patrimoine et de sa sauvegarde.

Tous ? Non, pas nous. Après avoir été la « révélation » du Salon en 2015, alors que nous avions un an d’existence et répété l’expérience en 2016, depuis trois ans nous ne faisons plus partie du « casting ».

Serait-ce parce que nos actions ne sont pas assez importantes, pas assez visibles ? Je ne le pense pas, car en faisant le bilan chaque année, tous ceux qui nous suivent depuis cinq ans ont pu constater la somme des combats menés, des sauvegardes accomplies et des missions réalisées.

Certes, il y a eu quelques fausses notes, des symphonies plus ou moins inachevées, mais nous maintenons tout de même un certain tempo et nous allons même crescendo !!!

Sauf que nous n’existons pas grâce aux subventions publiques, ni même grâce à nos adhésions — qui, rappelons-le, sont à 5 euros pour le montant de base. Quand on sait qu’une lettre recommandée avec AR coûte plus de cinq euros, tout un chacun peut s’imaginer que le montant des cotisations ne peut nous mener loin.

Tout ça pour dire, qu’effectivement, notre modèle économique est « discutable », mais cela ne nous a jamais empêché d’agir sans relâche et de façon totalement désintéressée. À nous maintenant de « séduire » des mécènes intelligents qui souhaitent financer une « équipe qui bouge » et qui les met en valeur.

Notre premier Salon, c’est moi qui l’avais financé avec mes propres deniers, car notre association étant née sur les réseaux sociaux, il me semblait judicieux de figurer en ces lieux, afin de passer du virtuel au réel. Et j’avoue que je n’ai jamais regretté cette décision.

En 2016, nous réunissions 40% du montant des frais du Salon grâce aux dons de quelques adhérents, le reste, toujours financé par moi.
Ce millésime fut riche de rencontres, notamment entre les délégués d’Urgences Patrimoine venus de la France entière. Une jolie façon de fédérer un peu plus « les troupes ». En revanche, ce fut aussi l’occasion pour certains de se servir de nous pour « vendre » leur propre association, ou leur entreprise sans dépenser un centime.

En terme de retombées économiques pour nous, le Salon n’a eu aucun intérêt. N’étant pas du genre à tendre un bulletin d’adhésion à chaque visiteur venu poser une question comme il est de bon ton de le faire ailleurs, nous ne pouvons pas dire que ce lieu est une manne financière pour Urgences Patrimoine.

En revanche, cela ne fait aucun doute, il faut être présent si l’on veut prétendre exister dans « l’univers impitoyable » de la sauvegarde du patrimoine. D’où mon constat de ce jour. En France, on ne juge pas la valeur de quelqu’un par rapport à son activisme et ses résultats, mais uniquement à l’argent généré.

Soit, je m’incline et sans aucune amertume j’assume totalement d’être reléguée au rang des « petits, des sans grades ».

Je laisse volontiers les riches représentants de la sauvegarde du patrimoine continuer à nous mépriser. SI cela m’a beaucoup affecté à nos débuts — je pensais alors que nous pourrions tous unir nos talents dans le seul but d’assurer un peu plus l’avenir du patrimoine —, aujourd’hui, cela me laisse de marbre.

J’ai vu passer sur les réseaux sociaux de nombreuses publications concernant l’édition 2019 du Salon. En fait, à part quelques rares publications sensées de certains artisans, toutes les autres étaient dédiées au passage de Monsieur Bern en compagnie de la Première Dame. En fait, si je comprends bien « si tu n’as pas fait ton selfie avec Stéphane et Brigitte , t’as raté ta vie »…

Soit, alors j’ai sans doute raté la mienne…

Quoiqu’il en soit, encore une fois, je ne veux en aucune façon dénigrer ce Salon, car je pense vraiment qu’il est une merveilleuse vitrine pour les artisans, les artisans d’art et les entreprises qui ont quelques sous pour être présents.

Mais il est important de rappeler que le talent ne se mesure pas forcément au compte en banque et qu’il y a partout en France, et en particulier dans nos territoires, des artisans remarquables, mais qui n’ont pas la possibilité de s’offrir un stand au Carrousel du Louvre et de se payer cinq nuits d’hôtel à Paris.

Mais oui au fait, je parle d’argent, mais combien ça coûte ?Pour avoir un stand d’une surface convenable il faut compter 6000 euros. Rajoutez à cela, l’habillage du stand, l’éventuelle déco, les flyers imprimés pour l’occasion, les repas du midi et du soir et les cinq nuits d’hôtel, vous arrivez « à la louche » à 8000 euros. C’est en tout cas ce que nous avait coûté l’édition 2016. Au passage, merci au Directeur du salon qui avait accepté un paiement en plusieurs fois, parce que sortir une telle somme pour nous d’un coup était impossible.

À ce sujet en « coulisse », j’avais entendu quelqu’un se moquer de nous et lancer un cassant « Quand on n’a pas d’argent, on ne vient pas ici. Il faut avoir les moyens de ses ambitions ».

Cette phrase résonne toujours dans ma tête, mais elle m’a donné à réfléchir. Car la seule ambition que nous ayons, c’est celle de faire de notre mieux en faveur du patrimoine et certainement pas celle de flatter notre égo à grands coups de selfies et de mousseux tiède servi dans des flutes en plastique.
Pour l’anecdote, j’étais, cette année, invitée au Salon par Monsieur Pascal Payen Appenzeller, le fondateur du célèbre Geste d’Or, afin de remettre un prix pour une prestigieuse réhabilitation.

Si l’idée d’aller « m’oxygéner » quelques heures à Paris me séduisait, après réflexion, j’ai laissé ma « petite robe noire » au placard et mes envies de Paris avec. Car, en analysant la chose, remettre un prix, aussi prestigieux soit-il, ne valait pas les cinq heures de route (minimum) que j’allais faire, le coût du carburant, des péages ainsi que le coût prohibitif du parking. Pour trois minutes de prise de parole, c’était un peu disproportionné. D’autant que ce jour-là, j’ai passé ma journée au téléphone pour tenter de sauver un patrimoine médiéval menacé de démolition et que si je m’étais rendue à cette remise de prix, je ne l’aurai peut-être pas sauvé.

Cette « victoire » m’a permis de me recentrer sur mes priorités, à savoir la sauvegarde du patrimoine et pas celle de mon égo.

La « petite robe noire » attendra sagement dans un placard une autre occasion. Et, peut-être, pourquoi pas, imaginons qu’un jour nous serons de nouveau présents au Salon International du Patrimoine, si mécènes et institutions se rendent enfin compte, qu’accompagner financièrement l’activisme et l’engagement est bien plus intelligent que financer le monde de « l’entre-soi », un monde du patrimoine business où l’on s’intéresse plus à son propre nombril ou à sa dernière partie de golf plutôt qu’à la sauvegarde du patrimoine.

Si vous souhaitez accompagner nos actions, n'hésitez pas à cliquer sur ce lien :
https://www.leetchi.com/c/le-patrimoine-ne-peut-pas-lutter-ensemble-nous-pouvons

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