Comment effacer l'Histoire? Mode d'emploi (Bénaville)

Voilà la triste histoire du manoir de Bénaville en Alsace, qui en rappelle tant d'autres, notamment celle du Château de Lagny Le Sec, démoli abusivement en juin 2017.
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Comment réduire en poussière le patrimoine 20ème siècle ? Rien de plus simple :

Il suffit à la commune, ou dans ce cas présent à  la communauté de communes, de préempter un édifice lors de sa mise en vente et de le laisser à l'abandon. Le temps, les éléments et les squatteurs seront les meilleurs alliés de ces élus démolisseurs, qui achètent un bien sous couvert d'un beau projet de valorisation, mais qui à priori, ont d'autres projets en tête .
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Mais revenons à la genèse de l'histoire, racontée ici par un amoureux du patrimoine qui a essayé tant bien que mal d'alerter l'opinion, mais hélas, en vain...

« Voici un résumé de l’histoire récente, et dramatique, de l’édifice : Converti en centre de convalescence dans les années 1960, il est l’objet d’une préemption pour 1,1 million d’euros par la communauté de communes de la Vallée de la Bruche au début des années 2000. C’est ensuite une bataille judiciaire rocambolesque de près de 10 ans qui a fait rage autour de ladite préemption. On accusait la Communauté de commune de préemption abusive alors que le domaine devait être acheté par une association confessionnelle. Elle a finalement eu gain de cause et a tenté de calmer l’opinion en laissant miroiter une reconversion en centre d’accueil de handicapés, dont les sources bien informées ont bien vite su qu’aucun projet n’existait. Sa vraie intention était en réalité de laisser suffisamment se dégrader le bâtiment pour justifier sa démolition.
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Pendant 16 ans, on s’est bien gardé de protéger les abords de l’édifice, de faire les réparations qui s’imposaient et de barrer l’accès aux casseurs, squatteurs et autres pillards. C’est la méthode utilisée par la Communauté de commune pour justifier les démolitions de nombreuses maisons de maître des XIXe et XXe siècles dans cette vallée (au moins 4 durant les 10 années écoulées). En 2017, l’édifice, déjà extrêmement dégradé mais sauvable, a été — très opportunément pour son propriétaire — la proie des flammes. Une très belle occasion de détruire l’édifice (décision votée en septembre 2017 par le bureau de la Communauté de communes en septembre dernier dans l’indifférence générale si ce n’est qu'un article des Dernières nouvelles d’Alsace . La décision définitive a été adoptée en décembre. Il a été dit par le Président de la Communauté de Communes que « l’édifice n’avait aucun intérêt », sans doute simplement parce qu’il est du XXe siècle, et qu’il ne mérite donc pas d’être sauvegardé ! Mais aucun édifice du XXe siècle n’a de valeur à ses yeux à ses yeux, lui qui a relayé comme une chose positive dans le journal de la Comcom la destruction d’une très intéressante maison régionaliste au cours de l’année 2017 ? Il a aussi estimé que « s’il faisait le choix de le garder, ce serait faire le guignol [sic], que sa responsabilité serait engagée en cas d’accident et qu’il fallait détruire ». La Communauté de communes a bien sûr touché une prime d’assurance après l’incendie (un peu moins de 300 000 euros, il me semble), qui au lieu de servir à une mise hors d’eau très simple à mettre en œuvre, servira à sa démolition. Or, il faut préciser que l’assureur de la Communauté de communes n’est autre que le maire d’une des communes les importantes du secteur et qu’il a pris part au vote de la démolition du château. Cherchez l’erreur ! Mais pour l’instant la maison est toujours debout, certes privée de ses toitures par l’incendie mais il serait bien sûr toujours possible de conserver l’édifice sous forme de « ruine romantique », car il se situe en lisière de forêt à l’écart de toute agglomération. Le prétexte de « fragilisation totale de l’édifice » avancé dans l’article de presse après l’incendie des seules toitures, ne tient pas une seconde si on regarde les photos jointes.
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Voici, exposée de manière un peu rapide et décousue, car il faut faire vite, la situation de l’édifice, qui donne une idée de la souffrance qui est la mienne et celle des descendants de la famille des anciens propriétaires devant ce gâchis invraisemblable, et le spectacle de l’incroyable mauvaise foi de la communauté de communes. »

Voilà comment peu à peu , édifice par édifice, on défigure nos territoires en les privant de leur histoire. À ce rythme que restera-t-il du patrimoine rural des XIXème et XXème siècles dans cinquante ans ?